VCS 2019: Race Accross Italy par Régis KRUST

Publié le par Rennchef

VCS 2019: Race Accross Italy par Régis KRUST

Bravo Régis et merci de nous partager ton aventure:

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Le 23/09/18 je fais ma pré-inscription à la Race Across Italy. A cette date je suis encore motivé et gonflé à bloc par une belle saison qui se termine.

J’avais repéré cette course, car au bon moment sur le calendrier si je projette de faire 4 «Ultras» en 2019 ! Mais l’hiver qui va suivre et ce début de printemps, je me pose beaucoup de questions quant à mon avenir sur le vélo, sur mes réelles motivations, sur ce que j’ai envie de faire ! J’ai perdu la niaque, l’envie, le goût de l’effort et surtout au moment de partir. Une fois sur le vélo ça va mais j’ai tendance à raccourcir mes sorties, mes efforts, je me réjouis de raccrocher en 2020 ! et surtout je suis fatigué ...

 

Alors quand j’arrive à Silvi Marina ce mercredi 24 avril ayant peu dormi dans la voiture car j’ai bossé de nuit le 23, autant dire que tous les voyants sont loin d’être au vert sans parler du mental qui est bien loin de celui qui m’a permis de réussir mes exploits en 2016. Mais je suis là, bien décidé à participer à cette épreuve pour laquelle j’ai déboursé 270€ d’inscription.

M’élancer de ce podium me faisait envie alors oui je vais aller chercher mon pack de participant et faire contrôler mon vélo ce jeudi 25 avril. J’ai passé une bonne nuit, je suis bien reposé, ma femme, mes beaux-parents et mon chien m’accompagne pour ce voyage. Ils me suivront grâce au système de tracking GPS tout comme mes collègues de travail et amis. J’ai fait beaucoup de com autour de ma participation à cette course pour me mettre un peu de pression et ne pas flancher où choisir une solution de facilité quand ce sera dur. Maintenant je n’ai plus le choix, je n’ai pas droit à l’erreur. Alors au moment de faire les derniers préparatifs je vais essayer de mettre toutes les chances de mon côté.

L’organisation propose de ramener un petit sac aux 3 check-points et il va falloir les préparer judicieusement. Si au niveau nutrition je mets la même chose dans les 3 sacs, au niveau fringues il faut bien calculer pour essayer d’en avoir le moins possible dans la sacoche. Et justement cette sacoche je la fais et je la refais plusieurs fois en fonction de la météo et des conseils si précieux de Pascal. Finalement je prendrais avec moi dès le départ ma cagoule, des gants hiver, mes surchaussures hiver, mon pantalon de pluie, un maillot manches longue, ma veste thermique (qui fera aussi veste de pluie), mes jambières, mon coupe-vent et bien sûr ma chasuble car je ne serai pas au premier CP avant la nuit. Pour l’organisation, la nuit c’est de 19H à 6H30 donc gilet fluo et lumières obligatoires pendant cette période.

En cette veille de course il y a un troisième rendez-vous incontournable : le briefing. En italien et en anglais, le speaker et l’organisateur assure l’ambiance dans une première partie où les coureurs ayant une histoire avec la course sont mis à l’honneur. La deuxième partie est beaucoup plus sérieuse avec la présentation des points critiques, du règlement et des dernières recommandations. Je noterai les heures limites de passage au CP qui sont calculés sur une moyenne de 16 km/h. Je me suis fait un plan de route à 25 km/h de moyenne avec 1h30 d’arrêt ce qui n’est pas réalisable je le sais mais qui me donnera une base pour mes préparatifs et pour avoir un repère sur les meilleurs de ma catégorie qui ne passeront pas loin de ces temps-là. Ce plan de route je ne le consulterai que très rarement pendant la course car ma stratégie est tout autre : s’arrêter le moins possible car ce n’est que de cette manière que je pourrais faire un bon résultat et puis cela fait longtemps que je veux tester ça.

 

Vendredi 26 avril, je vais partir à 11h55m30s parmi les tous derniers avec mon dossard 7 et je sais que vais passer une bonne partie de la course à la dernière place quand les gros moteurs avec assistance m’auront doublé. Mais je suis bien décidé à profiter de ce moment où je suis appelé sur le podium pour prendre le départ.

Depuis 10H00 il y a une ambiance de folie avec tous les concurrents qui s’élancent de l’intérieur du centre commercial Universo. La rampe, le long tapis aux couleurs de la course dans cet immense hall, puis le parking bien sécurisé et enfin la route principale gardée par les carabinieri et je suis maintenant seul avec mon vélo et mon barda pour boucler un parcours traversant par 2 fois le pays dans sa largeur.

Je vais mettre 10 minutes à évacuer le stress et cette boule au ventre, à rentrer progressivement dans l’effort. Il me faudra attendre de sortir de la zone urbaine pour me mettre complètement dans ma bulle.

Tous les grands champions m’ont doublé avec un petit mot d’encouragement, vraiment sympa. La route s’élève après 50 km, la température dépasse les 20° et la brume du bord de mer à fait place au soleil. Le panorama sur les Abruzzes est de toute beauté même si les plus hauts sommets sont dans les nuages. Mes sensations sont bonnes depuis le départ mais il y a ce vent favorable qui fausse un peu la donne mais je grimpe encore sur la plaque.

Lorsque la pente se fait plus importante j’ai droit à ma première surprise, le dérailleur avant ne bouge pas ! J’ai bien interverti les batteries avant et arrière le matin car le dérailleur arrière ne voulais pas bouger mais je n’avais plus vérifié le passage des plateaux ! La batterie était vide !!! Comment est-ce possible ? Les batteries étaient chargées à bloc avant de partir et je n’ai fait que le tour du parking jeudi pour le contrôle. Dans l’urgence j’interverti les 2 batteries pour me mettre sur le petit plateau et lorsque je ferai un arrêt plus long je monterai la batterie de secours qui est au fond de ma sacoche. Quelle surprise, mais pour l’instant cela ne freine pas ma progression. J’effectuerai le remplacement de batterie lors d’un arrêt fontaine et tout rentrera dans l’ordre.

Je ne me focalise pas sur ma vitesse où sur tout autre chiffre comme d’habitude lors de mes entrainements, sur mon compteur j’ai à l’affichage en permanence la trace, l’heure et les km parcourus. Je fais ma course à la sensation en essayant de ne jamais me mettre dans le dur. Au bout de 100 km je commence à rattraper des concurrents et cela fait du bien au moral quand on double des coureurs qui sont partis 30 minutes avant moi. Je rattrape de plus en plus de coureurs y compris ceux avec assistance. Ils fonts leurs premiers arrêts nutrition et fringues car le temps commence à se gâter. En effet passer la première barrière de montagnes lorsque j’arrive sur l’Aquila les nuages commencent à s’essorer et le vent se fait de plus en plus fort. Je profite d’une station-service pour faire le plein (d’eau évidemment …), manger un de ces cakes salés que je me suis préparé spécialement pour l’épreuve et m’habiller un peu car le soleil a totalement disparu.

Il ne fait pas encore nuit au moment d’attaquer la deuxième ascension mais le ciel est de plus en plus menaçant et je n’attendrai pas le sommet pour prendre une bonne douche. J’ai enfilé ma veste thermique et mon pantalon de pluie à temps, maintenant il peut pleuvoir des heures je m’en fous je resterai au sec ! Et avec un peu de recul je crois que ce moment a été décisif dans la réussite de l’épreuve car trempé avec 11° j’aurais été frigorifié au premier CP et j’aurais rendu mon dossard.

 

Après 235 kilomètres il est 23h40, j’y arrive à ce CP. Sur le parking il y a plein de voitures d’assistance et d’autres coureurs. Je rencontre des grands noms de la longue distance comme Jacques Bourreau, l’occasion d’échanger un peu. Ils ont apparemment pris un déluge et moi j’ai finalement eu de la chance car je suis passé derrière le gros nuage. Je signe la feuille de contrôle, récupère mon petit sac et je m’équipe grand nord pour le reste de la nuit, du moins jusqu’au CP 2 dans 111 km.

Cette partie est très facile, de la descente du plat, je ne m’arrêtai même pas et j’arrive à Minturno à 4H33 pour une nouvelle très courte pause. Je me sens bien, je ne veux pas me refroidir, je mange un peu refait le plein et je repars au bout de 20 minutes. Je n’ai pas encore eu d’alerte sommeil alors on va en profiter pour aller le plus loin possible. Les gars qui sont arrêter n’en revienne pas de me voir repartir aussi vite, moi je suis juste dans mon rythme et je ne me pose aucune question, je roule, je roule toujours.

 

Le troisième secteur qui arrive va cependant me faire très mal, il est absolument indigeste en mode sacoche. J’ai bien rattrapé 2 concurrents avec assistance sur la partie roulante du début de parcours mais l’ascension de la Sella del Perronne longue de près de 30 km qui va suivre va me faire mettre pieds à terre pour souffler, manger et boire. La fatigue commence à se faire sentir et il faut remettre de l’essence dans le réservoir. J’arriverai au sommet non sans mal et je vais avoir des alertes sommeil dans la descente. Je profiterai du confort offert par un petit espace vert distant de la route pour m’allonger en plein soleil et faire une pause sommeil de 15 minutes. Je suis réveillé par une voiture qui me passe à raz des pieds, en fait je suis dans le pré d’une propriété à vendre et je ne pensais pas être déranger. Je repars rapidement pour ne pas avoir à m’expliquer. Je m’arrêterai à peine 15 km plus loin dans l’ascension de Castelpetroso pour faire une pause fringue et passer de la tenue grand nord à la tenue été encore humide de la veille. Elle ne mettra pas longtemps à sécher car les températures dépassent largement les 20°. En revanche ma sacoche est pleine à craquer, exit le format compact de la nuit, je vais devoir trimballer ce handicap pendant 80 kilomètres loin d’être plat.

Et quand on parle de difficulté, les organisateurs savent y faire avec une arrivée au sommet pour le CP 3 avec la montée de Roccaraso, 7.5 km de pente très irrégulière avec des passages à 12% et en plein soleil. Je poserai pieds à terre plusieurs fois et les voitures suiveuses des autres concurrents auront pitié de moi et me proposeront leur assistance. Merci à eux et cela reflète vraiment l’esprit qui règne dans l’ultracyclisme. Si cela s’était produit en cyclosportive je suis sûr que les gars en auraient profité pour flinguer où me balancer définitivement dans le fossé ! Merci donc à ses concurrents qui ont rempli ma gourde car même si en distance le CP était proche en temps ce sera une autre histoire, il me faudra 50 minutes pour faire l’ascension.

Et toujours avec cette même sympathie les gars de l’assistance d’un autre coureur me tiennent mon vélo quand j’arrive au CP, me laissant le temps de signer et de me restaurer. Il faut dire que depuis le matin je force un peu l’admiration de 3 équipages avec assistance que j’ai repris, doublé car je ne veux pas respirer les gaz d’échappement de leur voiture et qu’il faut respecter 150 m d’écart avec tout autre concurrents sous peine de disqualification. Et vu que l’on progresse à peu près au même rythme malgré les différentes stratégies de chacun on passera une bonne partie de la journée ensemble voire même pour certains jusqu’à la ligne d’arrivée.

Et franchement dans ma tête quand l’assistance d’un autre coureur vous applaudi à chaque passage et vous tend le pouce et bien ça motive énormément. Je me dis, vous voyez moi je me débrouille tout seul et j’en suis là, je suis parti une heure et demi derrière vous, personne ne m’a aidé et j’arrive encore à vous dépasser.

Alors c’est sûr quand les pentes sont raides j’accuse mon handicap mais sur les parties roulantes mes qualités de rouleur font leur effet.

A Roccaraso je m’arrêterais 25 minutes et je vais en profiter pour me débarrasser de tout ce qui pourra freiner ma progression. Je change de batterie pour ma lampe avant, je me débarrasse de 2 lampes arrière, du cuissard hiver, du maillot manche longue pour ne garder que ma thermique, un sous-maillot hiver, jambières, gants hiver, cagoule et chasuble.

Tout va bien dans ma tête et dans mon corps alors je vais faire cette dernière partie et rejoindre l’arrivée. Toute la course je n’ai pas cherché à voir l’arrivée mais j’ai progressé étape par étape, 100 km par 100 km, un découpage que j’aime bien.

Je peux le dire maintenant mais quand j’ai pris le départ je ne m’imaginais pas à l’arrivée et je savais que je pouvais abandonner à chaque CP si cela n’allait pas bien. L’organisateur avait même demandé aux équipes avec assistance de prendre en charge les self support qui abandonnerai en cours de parcours.

Au moment de repartir mon dérailleur arrière ne bouge plus à nouveau, bizarre il fonctionnait 25 minutes auparavant. Un check rapide et je me rends compte que la batterie est de nouveau à plat ! Il y a vraiment un problème avec mon dérailleur. J’aurais le temps d’analyser tout cela et mes emmerdes avec ce groupe ont commencé l’année dernière à la même époque et le seul composant qui n’a pas changé c’est le dérailleur avant. Je pense qu’il doit bugger en communiquant avec l’arrière ou avec mon compteur (Eh oui ça fait tout ça aujourd’hui ces petites merveilles) et que cela vide la batterie. Bien je vais faire toutes cette dernière partie avec une seule batterie que j’intervertirai à des moment clés. Si elle vient à lâcher, là ce sera foutu et c’est vraiment bête maintenant que je me suis mis en tête la ligne d’arrivée.

Le profil n’est pas trop en dent de scie et je ne ferais que 2 stops batterie. Il y a beaucoup moins de dénivelé que sur le tronçon précédent, le début se fait en descente puis il y aura 2 courtes ascensions suivies d’un plateau. La trace reprend même une partie du début de parcours et cela va un peu me perturber et je me demanderais à plusieurs reprises si je ne me suis pas trompé. Je retrouve d’autres concurrents avec assistances et cela me rassure sur la direction prise. Avant la nuit je ferais une pause fringue pour bien m’habiller, je ne serais pas rentré avant minuit et la nuit s’annonce froide.

Ma sacoche est bien vide et je n’ai plus beaucoup de handicap poids au moment d’attaquer la dernière ascension. 13 km de montée pour atteindre le Valico delle Capannelle et ce sera terminé avec les difficultés. Les 75 km qui vont suivre sont en descente et faux plat descendant jusqu’à Silvi Marina. Au sommet du col je fais ma dernière pause technique, j’intervertis une dernière fois mes batteries pour passer sur le gros plateau, la lumière du dérailleur est au vert j’aurais donc assez de jus pour rallier l’arrivée. De toute façon même en singlespeed je finissais l’aventure !

Je ne suis pas seul au sommet et pendant que je fais mes bricoles je vois bien un coureur arrêter plus loin. Lorsque je repars il m’interpelle. C’est Gilles Pesselon dossard 63 self support over 50. Il n’a plus beaucoup de batterie GPS et ses lampes sont à plat. Je lui prête ma powerbank mais il en a pour des plombes s’il veut tout recharger. Finalement je vais lui donner ma lampe de secours qui est sur mon casque et il va me suivre jusqu’à l’arrivée. Porter assistance à un autre coureur fait aussi partie de la course et surtout de l’esprit ultradistance et j’aurais été bien content de trouver de l’aide si j’avais été dans son cas. Je descendrais donc doucement quitte à perdre un peu de temps pour qu’il puisse me suivre et finir lui aussi son aventure.

La descente sera glaciale et l’entrée dans la partie plus urbaine ne nous réchauffera pas d’avantage, mes lèvres seront brulées par le froid et au moment où j’écris ces lignes je ne suis pas encore guéri. Les 50 derniers km sont interminables, j’ai bien haussé le rythme mais il faudra plus d’1h30 entre le bas du col et la ligne d’arrivée qui n’est autre que le même podium duquel je me suis élancé 38 heures et 35 minutes plus tôt. Je suis attendu par ma famille et l’organisateur Paolo Laureti et je suis vraiment heureux de le voir. Il me remettra en personne ma médaille de finisher et insistera pour prendre une photo.

Cela prouve encore une fois tout l’esprit de cette discipline et l’importance de chaque coureur pour l’organisateur ; merci Paolo.

 

Au niveau de mon temps je suis plus que satisfait, je voulais rentrer dans le temps avec assistance qui était de 42 heures ; c’est donc fait. Ma stratégie de faire peu d’arrêt à payer, je me suis arrêté moins de 4 heures. Avec 1h35 de moins je rentrais même dans le temps des qualifiés pour la RAAM et le tout sans assistance !!! Alors cela me donne quelques idées pour l’avenir, pourquoi ne pas retenter l’aventure avec assistance ? Le format me convient bien pour faire un premier essai, tant pis pour l’état des routes mais c’est à méditer ….

Quant à mon moral, il est bon bien évidemment et je me suis prouvé que ce ne sont pas les bornes alignées à l’entrainement qui permettent de venir à bout d’un tel défi, quand on a la caisse on la travaille et quand l’on prend le départ d’une belle aventure on la prépare minutieusement, le reste c’est facile : il suffit de pédaler."

 

VCS 2019: Race Accross Italy par Régis KRUST
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